Pourquoi la pêche en eaux profondes est maintenant interdite

Chalutier de pêche au chalut

L’Union européenne vient de conclure un accord interdisant le chalutage en profondeur, une technique de pêche vieille de plusieurs siècles mais dont l’abus a dramatiquement endommagé nos écosystèmes marins.

Après quatre ans de négociations la Commission de Bruxelles, le Parlement et le conseil des ministres de la pêche ont définitivement interdit le chalutage au-delà de 800 mètres de profondeur. L’ONU et les ONG demandaient depuis 2006 que ce type de restriction soit imposé aux pêcheurs européens, et c’est désormais chose faite. Seules les eaux internationales restent pour l’instant épargnées d’une telle restriction.

Pourquoi le chalutage est si contesté ?

Pêcher au chalut, c’est un peu comme raser une montagne pour trouver une pépite d’or… c’est efficace, mais les dégâts sont considérables et ça détruit tout un écosystème.

Le principe est simple : un bateau tire un filet en forme d’entonnoir qui emprisonne tout ce qu’il croise, sans discrimination.

Dégâts d'un chalutier qui racle le fond marin
Un chalut de fond

Pour les chaluts de fond la technique est encore plus radicale car le filet est lesté pour racler tout ce qui se trouve au niveau du sol : coraux, plantes, crustacés et poissons. L’industrialisation de la pêche et la surexploitation a poussé les chalutiers à utiliser des filets de plus en plus grands et sur de longues distances, certains pouvant atteindre plus de 90 mètres d’envergure.

Conséquences de la pêche au chalut
Conséquences du passage d’un chalut de fond

« Jamais l’Homme n’avait réussi à réduire des populations d’animaux sauvages aussi radicalement et aussi rapidement » Claire Nouvian

On estime que 20 à 40% de ce qu’un chalut remonte à la surface est rejeté à la mer, car inintéressant ou non consommable. Malheureusement ces « prises accessoires » sont responsable de la disparition de beaucoup d’espèces, comme des coraux, des squales ou des poissons d’eaux profondes. En effet, certains poissons pêchés ou rejetés par les chaluts n’ont pas le temps de se reproduire, comme la lingue bleue, le sabre noir ou la femelle grenadier qui mettent une dizaine d’années à atteindre leur maturité sexuelle. La journaliste Claire Nouvian (la présidente de Bloom) a rapporté que pour trois espèces commercialisées, cette méthode de pêche en rejetait plus d’une centaine.

L’accord bannira dès janvier 2017 le chalutage à plus de 800 mètres de profondeur dans les eaux européennes, et à 400 mètres dans les zones les plus vulnérables. Certains lieux de pêche seront également interdits le temps que leur écosystème se reconstitue. De plus, les contrôles et les sanctions seront également renforcés.

La conférence de Claire Nouvian sur la pêche en eaux profondes