La Taxe Rose : quand les produits destinés aux femmes coûtent plus cher que ceux des hommes

La « Woman Tax » ou Taxe Rose est une notion apparue dans les années 90 en Californie et qui désigne la différence de prix d’un produit ou d’un service étiqueté pour femme par rapport à celui pour homme. En France certains produits genrés pour les femmes sont souvent plus chers que ceux des hommes pour des qualités équivalentes.

Des journalistes ont comparé les deux paniers d’une même course pour un homme et pour une femme dans un centre commercial de Montréal. La liste des achats comprenaient un shampooing, une coupe de cheveux, un déodorant, des crayons à mine et un rasoir. Résultat : le panier des produits et des services pour homme coûte 42,91$ quand celui des femmes s’élève à 67,46$. Un différence de 36% en défaveur des femmes, et une tendance qui se constate également ailleurs dans le monde. Tour d’horizon…

1Chemises à Monoprix

Un écart de prix de 17% pour ces deux chemises de la même conception.

2Pansements pour enfants

Ces pansements possèdent tous deux une licence Disney et un prix de 2,95€ pour ceux connotés « garçon » et 3,39€ pour les filles, soit une différence de 15%.

3Ballons de Waterpolo à Décathlon

4 centimes de différence, mais encore une fois en défaveur des amateurs de rose.

4Casques audio à Darty

8% de différence de prix entre le casque bleu et le casque rose.

5Bains de bouche

Les prix sont ici indiqués en dollars

Si la bouche de votre enfant est plutôt « Hello Kitty » que « Angry Birds » ce sera 20% plus cher.

6Sticks de colle pour enfants

Ici encore il vaut mieux aimer le bleu car le rose vous coûtera 17% de plus.

7Jouets d’éveil à Toys’R’Us

Les bébés ne sont pas épargnés par la taxe rose : 20% de différence de prix entre ces deux jeux.

8Porteurs

Idem pour ces porteurs : si votre enfant préfère le rose vous devrez payer 30% de plus. Ce cliché est coupé sur la droite mais les deux versions sont bien dotées des mêmes sons électroniques. La différence de prix se retrouve d’ailleurs chez d’autres marchands en ligne.

9Les Tut Tut Bolides de Vtech


Ici encore, 6% de différence de prix entre les deux versions.

10Patafix « Princess »


Pour la patafix même combat : les « Princess » payent 31% de plus et n’ont même pas le droit au marque-page offert.

11Calculatrices

Les prix sont ici indiqués en dollars

Vous reprendrez-bien un peu de rose ? Ce sera 22% plus cher s’il vous plaît. Merci à @Olivialllyria qui a posté cette photo sur Twitter.

12Allume-gaz

Ces packagings sont assez incroyables : avec la version bleue vous pourrez allumer vos gâteaux d’anniversaire, vos barbecues et même la cheminée, alors qu’avec la version « Miss » vous ne pourrez qu’allumer des bougies d’intérieur… et ce en payant 33% plus cher !

Et la discrimination envers les hommes, ça existe ?

Et bien oui, mais dans une moindre mesure :

13Kinder « Surprise »

Les prix sont ici indiqués en Francs CFA

Cette différence de prix a été relevée dans un magasin Sococe à Abidjan en Côte d’Ivoire. Le Kinder Joy étiqueté pour filles coûte 0,69€ quand celui pour garçons s’élève à 1,14€ : 65% de différence ! À l’inverse, les Kinder Surprise sont en France généralement moins chers en version bleue que rose.

14Couches

Ici les couches avec des motifs dinosaures sont 16,5% plus chères que celles avec des petites fées.

15Cosmétiques

Source : jplusplus.github.io/woman-tax

On trouve certains produits genrés pour les hommes parfois sensiblement plus chers que ceux pour femmes comme les déodorants Cadum et Sanex, mais sur la totalité de la gamme des cosmétiques ce sont les femmes qui payent le plus, comme le montre cet histogramme comparatif.

Quel bilan ?

Produits de consommation courante, coupes courtes chez le coiffeur, pressing, crédit automobile… Pourquoi pour des produits ou des services équivalents les femmes sont parfois amenées à payer plus cher que les hommes ? Pierre-Louis Desprez, expert en marketing, avance l’explication que les marques veulent donner aux femmes le sentiment qu’elles sont des clients à part en leur vendant des produits « sur mesure ». Il avoue par ailleurs que cette segmentation des marchés nuit à l’image du métier, et que dans certains cas cela relève plutôt de la tromperie.

Une étude du secrétariat d’État aux Droits de femmes rappelle que la gente féminine gagne en moyenne 24% de moins que son pendant masculin (à travail égal et dans le secteur privé), qu’elles sont plus touchées par le travail à temps partiel, et que leur pension de retraite atteint à peine 60% de celles des hommes. À ces chiffres s’ajoutent maintenant cette « taxe rose » dont on commence à peine à étudier l’impact, mais qui pourrait déjà grèver le budget des Françaises de près de 1000€ chaque année selon le collectif Georgette Sand.